• Portraits de rêveurs boliviens

    Luz Clara – Isla del Sol - Bolivie

     

    "Je suis née sur l’Isla del Sol, l'île du soleil où les premiers Incas ont vécu au milieu du fameux lac Titicaca, le lac le plus haut du monde situé entre la Bolivie et le Pérou. Avec mes parents et mes quatre grands frères et sœurs nous vivons dans une communauté Aymara qui descend directement des grands Incas. Lorsque j’étais enfant mon rêve était de faire des études pour avoir un travail qui me permettrait de construire ma propre maison. Aujourd’hui j’ai 17 ans et je viens d’obtenir mon baccalauréat, c’est une grande fierté pour moi. Il y a cinq mois j’ai également réalisé quelque chose de très important puisque j’ai donné la vie à mon fils, Josep, c’était le plus beau jour de ma vie ! À l'avenir, je ne pourrai plus étudier parce que je suis célibataire et je me dois de prendre soin de mon fils, mais mon rêve est de toujours être heureuse avec ma famille et d’avoir mon propre appartement sur l’île du soleil."

     

    Benita - La Paz - Bolivie

     

    "Je suis née à la campagne dans la Province de Sucre, la capitale de la Bolivie. Mes parents étaient paysans, ils travaillaient dans les champs. Mon rêve lorsque j’étais enfant était d’avoir mon propre commerce. Je suis allée à l’école jusqu'à l’âge de 9 ans, puis j’ai dû quitter ma famille pour aller travailler. Je suis allée à La Paz à plus de 1000 kilomètres de ma famille pour obtenir un emploi. Au début, c’était très difficile car j'étais très jeune et seule dans cette énorme ville où je ne connaissais personne. J’ai alors commencé à travailler comme vendeur de rue, puis je me suis mariée et j’ai eu 3 enfants. En 2004, j’ai réalisé mon rêve d’enfant et j’ai enfin ouvert mon propre commerce sur le marché des sorcières de El Alto. Là je vends toutes sortes de potions et autres produits comme par exemple des fœtus de lamas ou des œufs d’oiseaux pour qu’ils soient offerts à la Pachamama par les gens. Mon rêve pour l'avenir est d'avoir une grande maison pour que mes enfants puissent vivre en paix et qu’ils n’aient pas à travailler avant d’avoir terminé leurs études."

    Rosmery - La Paz - Bolivie

     

    "Je suis née à El Alto dans la banlieue pauvre de La Paz. Lorsque j’étais petite mon rêve était de pouvoir faire des études pour pouvoir devenir infirmière. J’ai toujours voulu aider les gens autour de moi et notamment les plus démunis. J'ai donc beaucoup travaillé à l’école et j’ai obtenu un diplôme d’infirmière à l’âge de 22 ans, C’était quelque chose de spécial car de là où je viens peu de personnes font des études supérieures. J’ai ensuite travaillé dans un hôpital pendant deux ans où je réalisais mon rêve de contribuer au bien-être de nombreuses personnes. A mes 24 ans je me suis mariée et j’ai eu deux enfants, c’est là que tout a basculé ! Mon mari ne voulait plus que je travaille à l'hôpital parce qu’il y avait des gardes de nuit et ça le dérangeait. En Bolivie, une femme se doit d’écouter son mari et de faire ce qu’il lui demande. Mais pour moi ce fût très difficile parce que je devais choisir entre ma famille et mon rêve de toujours. J'ai décidé de donner raison à mon mari afin que mes deux enfants ne grandissent pas sans leur père. Cela a été un changement radical de vie, j’ai alors commencé à travailler sur le marché de El Alto en tant que cuisinière, je vends une soupe de poisson traditionnelle depuis maintenant sept ans. Ce travail me permet de gagner ma vie et de subvenir aux besoins de ma famille mais j’ai d’autres projets pour l’avenir. Mon rêve est d’ouvrir ma propre pharmacie car j’ai constaté qu’il y avait beaucoup de négligence dans ce domaine ici en Bolivie. Les gens pauvres n’ont pas accès aux soins basiques et ne se soignent pas faute d’argent. J’aimerais donc proposer un service de qualité à un coût accessible pour aider les gens comme j’ai toujours voulu le faire. Mon mari me soutient dans ce projet et nous sommes sur le point de réunir l’argent nécessaire pour le lancer et ça c’est une grande fierté !"

    Norma - La Paz - Bolivie

     

    "Je suis née en 1993 dans la ville minière de Oruro dans le centre de la Bolivie. Lorsque j’étais petite je n’avais pas beaucoup de rêves, je suis allée à l'école jusqu'à mes 10 ans puis j'ai commencé à travailler avec mes parents pour vendre des épices sur les marchés comme eux. En Bolivie, il n'y a pas beaucoup de travail pour les gens comme nous, alors pour survivre nous sommes tous entrepreneurs, nous vendons sur les marchés ou dans la rue quelque chose. J'aime mon travail quand je vends je me sens bien, mais parfois c'est un peu compliqué parce que je dois me lever très tôt tous les matins et venir sur le marché tous jours de la semaine. Il y a quelques mois j’ai réalisé mon rêve en faisant construire ma propre maison pour être indépendante de mes parents. Mon rêve pour l’avenir serait d'avoir une voiture pour pouvoir me déplacer et découvrir d'autres endroits."

    Gavi - Sucre - Bolivie

     

    "Je suis née dans un petit village de la campagne de la province de Chuquisaca près de Sucre, au sud ouest de la Bolivie. Lorsque j’étais enfant j'avais beaucoup de rêves. D'abord, je voulais être bonne soeur parce que dans ma famille nous étions très catholique. Mon père était le professeur du village et ma mère s’occupait de mes sept frères et soeurs. Moi j'étais leur second enfant mais je suis devenue l’ainé lorsque mon grand frère s’en est allé au ciel, j’étais encore adolescente. En Bolivie, l’ainée, c'est un peu comme une seconde maman et j’ai donc pris grand soin de mes frères et soeurs. J'ai toujours eu la responsabilité d'aller de l’avant, de montrer l'exemple. Alors je suis allée à l’université et j’ai étudié les langues parce que je voulais apprendre l'anglais. J'ai aussi appris le quechua, la langue des Incas, parce qu'à la campagne les gens parlent seulement cette langue. J’ai été diplômée en 2006, j'ai travaillé comme professeure de quechua et d'anglais au collège, puis comme professeure d'espagnol pour les étrangers. L'année dernière, j’ai décidé de réaliser mon rêve et d'ouvrir ma propre école de langue à Sucre afin de transmettre ma passion. Les premiers mois ont été très compliqués car je n'avais pas de clients et ma famille me disait que j'étais folle. Mais depuis le début de l’année j’ai de plus en plus d’étudiants et ça commence à se développer. Mon rêve pour l'avenir est de pouvoir me consacrer pleinement à cette école afin de transmettre mon amour des langues."

     

    Gladys - Sucre - Bolivie
     

    "Mon rêve de lutter contre la pauvreté en Bolivie a commencé lorsque j’étais enfant, c’est là que j’ai découvert ma vocation à cause de la réalité que je vivais au quotidien. Je suis née dans le nord de Potosi dans une région minière. Mes parents étaient des travailleurs acharnés, ils ont fait du mieux qu’ils pouvaient pour que mes sept frères et soeurs et moi, nous ne manquions de rien. Mais à côté de nous, dans le même quartier, de nombreuses personnes vivaient dans une situation d’extrême pauvreté. Parfois plus de 10 personnes s’entassaient dans une petite chambre et il y avait beaucoup d'enfants dans la rue dans des situations très difficiles, c’était mes amis. Alors mon rêve lorsque j’étais petite, était d'aider ces enfants. Pour aider mes amis, je leur offrais de la nourriture et des vêtements que je prenais de chez moi, sans que mes parents me voient. A l’adolescence, j’ai d’abord voulu devenir infirmière parce que je voyais qu’elles prenaient soin des enfants de mon quartier. Puis à l’école, j’ai découvert qu'il existait une carrière de travailleur social et j’ai décidé de faire ces études afin de faire quelque chose d’utile pour la société bolivienne. J’ai été diplômée à 22 ans, mon rêve était de voyager à travers la Bolivie afin de lutter contre la pauvreté mais je me suis mariée, j’ai eu mon premier enfant et mon mari ne voulait pas que je quitte la maison. En Bolivie le machisme est encore très important, la femme doit suivre ce que dit son mari. Je me suis donc installée à Sucre où j'ai commencé ma carrière de travailleuse sociale. Cela fait 12 ans que je travaille pour le CERPI, un centre social qui prend soin des enfants dans des situations difficiles. En 2007, j'ai commencé un projet, avec l'aide d'une ONG belge, qui s’appelle l’école mobile. Avec ce projet, je réalise en quelque sorte mon rêve de petite fille. Nous aidons les enfants qui travaillent ou qui sont en dangers car ils n’ont pas le soutien de leur famille. L'idée est de faire que ces enfants puissent retrouver leur estime de soi, qu’ils sachent qu'ils ont les mêmes droits que les autres enfants. Ce que nous voulons, c’est qu'ils puissent connaître leurs droits afin qu’ils puissent se défendre, qu’ils aient conscience que comme tous les autres ils peuvent réaliser leurs rêves. Nous travaillons dans huit quartiers de la ville de Sucre avec environ 800 enfants. Avec ce travail, j’essaie d’apporter ma pierre à l’édifice en luttant contre la pauvreté en Bolivie. Je sais que ce que je fais ne suffit pas, mais je tente de faire la différence. En plus de tous ces enfants que j'aide, je m’occupe de mes propres enfants, ils sont très importants pour moi. L’année dernière, mon deuxième fils a eu un accident de la route très grave et a failli mourir, il est resté dans le coma et à aujourd’hui encore quelques séquelles qui l’empêche de reprendre ses études, mais grâce à Dieu il est en vie ! Mon rêve pour l'avenir est de poursuivre mon travail avec l'école mobile. Je rêve que nous puissions travailler plus en profondeur avec les enfants afin d’avoir un impact plus grand. J’aimerais développer des projets additionnels afin de lutter contre les problèmes de malnutrition et d’hygiène des enfants, mais le plus difficile reste de trouver des fonds pour continuer à faire notre travail."

    Alejandro - Sucre - Bolivie

     

    "Je suis né à Sucre dans un quartier en périphérie de la ville près de l'aéroport. J'ai 13 ans et je vais à l'école tous les matins. J'adore ca, surtout les mathématiques, les divisions, les multiplications, c'est très facile pour moi ! Tous les après-midi, je vais jouer dans la rue avec mes amis. Je sais que j'ai de la chance car tous ne vont pas à l'école. Mon rêve pour l'avenir serait de devenir avocat pour pouvoir avoir une bonne situation et pouvoir aider ma famille."

    José-Manuel - Sucre - Bolivie

     

    "Je suis né en Argentine en 2009. Avec mes parents, nous sommes venus vivre à Sucre lorsque j'étais petit. Mes parents n'ont pas beaucoup d'argent, mon père est un maçon et ma mère s'occupe de moi et de mes trois frères et sœurs. Moi j'ai 8 ans, j'adore jouer avec mes amis dans la rue surtout quand l'école mobile passe chaque semaine et nous amène des jeux qui nous apprennent de nouvelles choses. Mon rêve pour l'avenir est de devenir maçon comme mon père et de pouvoir construire ma propre maison et celle de tous mes amis."

    Grober - Potosi - Bolivie

     

    "Lorsque j'étais enfant mon rêve était d'aller à l'école pour étudier et être diplômé. Je suis né à Potosi, une ville coloniale mondialement connue pour sa mine d'argent qui a fait la richesse de l'empire espagnol. Dans ma famille, mon grand-père était mineur, mon père était mineur et moi je suis aussi mineur depuis plus de 30 ans. Je suis allé à l'école seulement jusqu'à l'âge de 11 ans, puis j'ai commencé à aller à la mine avec mon père car je pouvais me faufiler partout. Depuis cette époque et jusqu'à l'année dernière j'ai travaillé tous les jours de ma vie à la mine pendant parfois plus de 15 heures par jour. À Potosi les mineurs sont organisés en coopérative et travaillent pour leur propre compte. Nous rêvons tous de trouver le minéral qui nous rendra riche, ca hante nos nuits. J'ai toujours aimé travailler à la mine, car dans la montagne c'est un autre monde. Le seul problème c'est que notre métier nous rend malade de la silicoses à cause de la poussière que nous respirons. L'espérance de vie d'un mineur est de 40 à 45 ans. Moi j'ai 42 ans et il y a quelques années déjà j'ai commencé à être malade et à avoir des problèmes respiratoires. Il ne me reste probablement pas beaucoup de temps à vivre, peut-être deux ou trois ans. J'essaye d'aller moins à la mine et depuis un an je travaille dans le tourisme pour gagner ma vie. J'ai 2 enfants le premier à sept ans et le second à cinq ans, ils vont tous les deux à l'école. Mon rêve pour l'avenir est qu'ils étudient et n'aillent jamais travailler à la mine. Notre famille à deja assez donné pour la mine et je ne veux pas que la vie de mes enfants soient raccourcie comme la mienne."

    Irineo - Uyuni - Bolivie
     

    "Lorsque j'étais enfant mon rêve était d'avoir ma propre voiture parce que je vivais dans un endroit très isolé où il n'y avait pas de routes et où il fallait beaucoup marcher pour se rendre à l'école ou faire des courses. Quand je voyais des voitures ou des camions passer à côté de moi, je me demandais pourquoi ils ne s'arrêtaient pas pour me prendre et me déposer plus loin. Je rêvais qu'un jour au volant de ma voiture, je pourrais aider tous ceux qui marchent au bord des routes. Je suis né en 1975 près de la frontière entre l'Argentine et la Bolivie dans une petite ville appelée San Antonio. J'ai 9 frères et sœurs, mes parents étaient agriculteurs, ils élevaient des lamas. Ils n'avaient pas d'argent pour payer nos études alors j'ai quitté l'école à 14 ans. Je suis d'abord allé travailler comme maçon dans une entreprise d'extraction de borax près de la Laguna Colorada au milieu du désert du Sud Lipez. Après 4 ans, j'ai eu des problèmes de santé et j'ai dû quitter ce travail. J'avais alors 18 ans, je suis allé à Uyuni, le tourisme commençait à se développer à cette époque dans cette petite ville du Sud est de la Bolivie. J'ai alors rencontré une personne qui tenait une agence de voyage et qui m'a offert un travail en tant que chauffeur pour les touristes dans le salar d'Uyuni. Le problème c'est que je ne savais toujours pas conduire, j'ai donc dû rapidement apprendre et une semaine plus tard, je promenais des touristes dans le Salar d'Uyuni et sur les routes du désert du Sud Lipez. Avec ma femme, nous sommes des travailleurs acharnés, nous faisons tout pour aller de l'avant et offrir un bon avenir à nos enfants. Mon fils est au lycée, mon rêve était qu'il fasse de grandes études pour devenir médecin ou avocat mais lui rêve d'être opérateur sur une machine d'extraction de borax. Au début, cela me dérangeait, mais j'ai compris qu'on ne peut pas forcer ses enfants à réaliser ses propres rêves et qu'il est préférable de les laisser suivre leur propre chemin. Mon rêve pour l'avenir est de construire un hôtel à Uyuni et de vivre paisiblement, c'est d'ailleurs ce à quoi je travaille actuellement."

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