• Portraits de rêveurs coréens

    In-Cheol - Séoul – Corée du Sud

     

    « Je suis né en 1967 à Séoul. Mon père était producteur de télévision pour une grande chaîne coréenne et ma mère était femme au foyer, elle s'occupait de ma petite sœur et moi. J'avais deux ans en décembre 1969 lorsque mon père qui se trouvait en voyage d'affaires a été kidnappé par le gouvernement Nord-Coréen. Il faisait parti du vol Korean Air Lines YS-11 qui a été détourné par Cho Ch'ang-hǔi un agent nord coréen afin de faire pression sur le gouvernement de Corée du Sud. Quand j'étais petit lorsque je demandais à ma mère où était mon père, elle me disait qu’il se trouvait en voyage d'affaires aux Etats-Unis et qu’il allait rentrer pour noël. Chaque année, noël était donc un moment très difficile car j'attendais mon père qui n'arrivait jamais. Durant toute mon enfance, mon seul rêve était de voir mon père. J'avais 10 ans quand j’ai découvert la vérité sur la captivité de mon père. Entre temps, les Nord-Coréens avaient relâché trente-neuf personnes du vol Korean Air Lines YS-11 mais avaient gardé captif onze personnes dont mon père. Parmi ces onze personnes, toutes avaient des compétences utiles pour le régime. En Corée du Sud, notre famille a longtemps était regardée comme de potentiels espions à la solde du régime Nord Coréen alors que nous étions simplement des victimes. Ca n'a pas été facile de me construire en tant qu'adulte dans ce contexte. J'ai arrêté l'école après le lycée pour travailler dans une petite imprimerie et j'ai mis du temps à trouver le sens de ma vie. C'est seulement après que je me sois marié à l’age de 33 ans que j’ai commencé à prendre ma vie en main. En 1999, j’ai eu la première de mes trois filles, ce fut le plus beau jour de ma vie. Etre père a complètement changé ma vision des choses mais je n'ai pas pour autant oublier mon rêve de voir mon père. En 2001, il y a eu un grand événement en Corée, certaines familles séparées entre le Nord et le Sud ont été réunies pour quelques jours. Parmi elles se trouvait une des personnes du vol Korean Air Lines YS-11. Lorsque j’ai vu cela à la télévision, je tenais ma fille de deux ans dans les bras, l'âge que j'avais au moment de la disparition de mon père. J'ai imaginé la peine que pouvait représenter le fait d'etre séparé de son enfant et je me suis alors dit qu’il fallait que je me batte pour que mon père puisse revenir auprès de nous. Depuis maintenant 16 ans, je me suis engagé corps et âmes pour faire rentrer mon père en Corée du Sud. J’ai quitté mon emploi pour devenir intérimaire et avoir du temps pour aller plaider la cause de ma famille devant les bâtiments publics. Au début, on a cessé de me repêter que je devais abandonner, que c’était de l’histoire ancienne et qu’il était trop tard. Ca s'est déroulé il y a tellement de temps que les gens ont totalement oublié ce qui s’est passé. J’ai aussi du faire face au fait que notre situation individuelle était considérée comme moins importante que les enjeux diplomatiques par le gouvernement de Corée du Sud. Mais grâce au support de ma femme et de mes filles, je n’ai jamais abandonné le combat. Ils ont été ma plus grande source d'inspiration et m’on permis de tenir pendant toutes ces années. Je sais de source sur que mon père est toujours en vie et tant que ce sera le cas je me battrais pour le faire revenir au pays. Depuis quelque temps, je suis également soutenu par des volontaires d’une association qui font un travail formidable. Je vis avec la conviction que je me rapproche du moment où je vais réaliser mon rêve et enfin pouvoir retrouver mon père. Evidemment, les récents incidents diplomatiques entre la Corée du Nord et le reste du monde ne m'aide pas beaucoup dans mon combat mais je garde la foi car je suis un fervant catholique. Mon rêve pour le futur est toujours de rencontrer mon père et de pouvoir lui présenter ma femme et mes trois filles. »

    Dean - Busan - Corée du Sud

     

    « Je suis né à Busan dans le sud-est de la Corée du Sud. Depuis toujours, mon père est ma mère travaillent sur le marché de poisson de la ville. Quand j'étais enfant je rêvais d’avoir de l'argent pour pouvoir voyager. A 22 ans, j'ai réalisé mon rêve de voyage en partant vivre un an en Australie où j’ai travaillé et appris l’anglais. A l’université, j’ai été diplômé en design et graphisme. Puis à la fin de mes études j'ai travaillé dans la création de panneaux publicitaires pour une entreprise coréenne. Malheureusement il y a 9 mois, mon père est tombé malade, j'ai donc dû quitter mon travail que j'occupais depuis plusieurs années afin de venir en aide à ma mère en travaillant avec elle sur le marché. Mon rêve pour le futur est de créer ma propre entreprise de graphisme publicitaire. Pour le moment je n'ai pas assez d'argent et je dois aider ma mère au marché mais il me reste 5 ans avant mes 40 ans et je veux que mon rêve se réalise avant cet âge là, je sais que c'est possible ! »

    Erika - Séoul - Corée du Sud

     
    « Je suis née à Tokyo car ma mère étudiait au Japon lorsqu’elle est tombée enceinte. Mon père est chef d’entreprise, il a toujours beaucoup voyagé pour son travail. Quand j'étais petite je rêvais de devenir chanteuse dans un groupe de K-pop, la pop coréenne, car c'était synonyme d'argent et de célébrité mais je n'avais malheureusement pas la voix qui allait avec ce rêve. A l’adolescence, mes parents m'ont envoyé avec mon frère et ma sœur au Canada afin d'y faire nos études. En Corée du Sud le système scolaire est très difficile et exigeant avec les étudiants. Beaucoup de jeunes coréens se suicident car c'est beaucoup trop stressant et ils ne supportent plus la pression de leur famille et des enseignants. Mes parents ne voulaient pas que leurs enfants subissent ce système, ils nous ont donc envoyé à Toronto tous les trois. Je suis restée environ 10 ans au Canada, j'ai étudié la psychologie à l'université de Toronto. Je suis rentrée en Corée du Sud il y a presque un an, c’était bizarre de revenir vivre ici après tout ce temps. Comme je parle couramment anglais, mon rêve pur le futur est d’ouvrir ma propre agence de tourisme mais j’ai besoin d'argent pour cela alors je fais des petits boulots en attendant. »

    Kim - Séoul - Corée du Sud

     
    « Je suis né en 1956 à Gimpo tout près de la zone démilitarisée qui marque la frontière entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. A cette époque, la Corée était traumatisée par le très violent conflit qui l’avait déchirée entre 1950 et 1953 et qui avait fait plusieurs centaines de milliers de morts. Quand j'étais enfant mon rêve était donc de vivre en paix et de ne pas connaitre la guerre même si la Corée du Nord et la Corée du Sud n’ont jamais officiellement signé d’accord de paix. Après mon service militaire, j’ai effectué des études en philosophie. Puis j'ai trouvé un emploi dans le fret aérien, j’ai travaillé pendant 31 ans pour la compagnie Korean Airlines. Il y a 5 ans j'ai pris ma retraite et je vis désormais paisiblement comme je le voulais depuis mon enfance. La Corée du Sud a beaucoup changé depuis les années 50, elle s’est beaucoup développée et la vie est plus simple même si elle est parfois devenue trop superficielle. Mon rêve pour le futur est de toujours vivre dans la paix et de demeurer en bonne santé le plus longtemps possible. »

    Sangho Shan - Séoul - Corée du Sud

     
    « Je suis né en 1972 dans l'ouest de Séoul. Quand j'étais enfant je ne rêvais de rien de particulier. Mes parents par contre me réservaient un grand avenir, il voulait que je devienne quelqu'un d'important. Ils me disaient "un jour, tu seras président de la Corée du Sud". Mais je ne voulais absolument pas devenir président car les gens sont toujours entrain de blâmer les hommes politiques. J'ai alors pensé que devenir chef d'entreprise pouvait satisfaire les aspirations de mes parents mais j'ai réalisé que le monde des affaires n'était que compétition et que ce n'était pas ce dont j'avais envie. J'ai alors fait des études pour devenir ingénieur. J'ai commencé ma carrière dans l'entreprise coréenne Samsung et travaille actuellement pour une plus petite entreprise locale comme ingénieur informatique, je conçois des appareils électroniques. Je me suis vite rendue compte que quelque chose n'allait pas dans notre société car je travaillais beaucoup trop et je n'avais pas de temps pour moi. Pourquoi devons-nous travailler autant ? Pourquoi devons-nous rapporter de l'argent à une entreprise qui ne nous appartient pas en travaillant dur et en mettant notre vie en danger en risquant dépression ou pire dans certains cas ? Je n'ai pas la réponse à ces questions mais j'essaie d'y réfléchir en faisant de la méditation. J'ai 45 ans et je vis toujours avec ma mère car le coût de l'immobilier est extrêmement élevé à Séoul. Mon rêve pour le futur est de rendre la société meilleure et les gens heureux. Pour cela je travaille sur moi pour être le plus en harmonie avec la personne que je suis. »

    Seongbo - Séoul - Corée du Sud

     
    « Je suis né en 1991 à Busan dans Sud de la Corée. Quand j'étais petit je rêvais de devenir chef cuisinier et d'ouvrir mon propre restaurant. J'adorais cuisiner et faire à manger pour les autres. Malheureusement mes parents n'étaient pas du même avis car ils trouvaient ce métier difficile, incertain et voulaient surtout que j'aille à l'université. Après mon service militaire, j'ai donc fait des études pour devenir ingénieur civil comme mon père. Depuis quelques mois je travaille dans une petite entreprise coréenne mais je souhaiterais pouvoir intégrer une plus grande entreprise comme Samsung ou LG. Mon rêve pour le futur est de devenir un bon père de famille. J'aimerais pouvoir donner à mon tour la vie et subvenir aux besoins de ma femme et mes enfants sans difficultés. En Corée du Sud, un enfant coûte très cher, il faut donc gagner beaucoup d'argent afin de faire en sorte de ne manquer de rien et devenir ainsi un bon père. Je pense que je suis sur la bonne voie pour réaliser mon rêve, je travaille dur afin de m'acheter une maison et être enfin prêt à avoir un enfant. »

    Myungyeon - Séoul - Corée du Sud

     
    « Je suis née dans l'ouest de Séoul. Quand j'étais enfant mon rêve était de devenir présidente de Corée car ça semblait être un métier très cool. J'avais l'impression qu'en devenant présidente, je serais une sorte de reine mais ce n'était pas très réaliste car entrer dans la politique en Corée n'est pas chose facile. À 18 ans, je rêvais de devenir maîtresse car j'aimais beaucoup le contact avec les enfants. En Corée du Sud, être professeur est très populaire, surtout pour les filles. J'ai désormais 25 ans et depuis maintenant 4 ans, je vis mon rêve car je suis devenue institutrice dans une école primaire. J'adore apprendre des choses aux enfants et participer à leur éducation. Mon rêve pour le futur est de voyager dans le monde entier en faisant quelque chose pour les enfants pauvres. J'aimerais aider ces enfants partout dans le monde, qui n'ont pas les moyens d'aller à l'école pour qu'ils aient une vie meilleure. »

    Hayoun wan Bae - Séoul - Corée du Sud

     

    "Je suis né dans une province du nord de la Corée pas loin de la zone démilitarisée. Quand j'étais enfant je rêvais de devenir diplomate afin de maintenir la paix entre la Corée du Nord et la Corée du Sud qui se sont déchirées dans les années 50. Après mon service militaire j'ai étudié le japonais car j'aimais beaucoup cette langue et la culture du Japon malgré son histoire tumultueuse avec la Corée. A l'issue de mes études, j'ai commencé à travailler pour un concessionnaire de voiture Coréenne très renommée : Hyundai motors. Cela fait maintenant presque 20 ans que je fais ce travail qui me permet de gagner ma vie correctement. Mon rêve pour le futur est de voyager pour découvrir de nouvelles cultures et rencontrer des personnes différentes."

    Eunkyoung - Séoul - Corée du Sud

     
    « Je suis née à Séoul la capitale de la Corée du Sud. Quand j'étais petite je rêvais de devenir maîtresse d'école. J'admirais énormément ce métier car mon père était enseignant et que ma maîtresse était formidable. J'ai par ailleurs toujours aimé me tenir informer des dernières nouveautés de la mode et faire du shopping avec mes amies. Au moment de choisir pour mon orientation, j'ai donc finalement décidé d'étudier la fashion design à l'université. En janvier dernier, j'ai commencé à travailler pour une prestigieuse marque américaine en tant que vendeuse. J'étais super heureuse de débuter ma carrière dans cette entreprise car mon rêve de travailler dans la mode se réalisait. J'ai eu beaucoup de chance de trouver rapidement mon premier emploi car en Corée s'est souvent difficile pour les jeunes diplômés. Je travaille beaucoup, plus de douze heures par jours, mais j'adore ce que fais. Pour l'avenir, je rêve de devenir directrice d'un magasin et un jour rejoindre une grande maison de création de prêt-à-porter. »

    Mi-Ok - Séoul - Corée du Sud

     

    « Je suis née dans une province du sud de la Corée. Quand j'étais enfant je rêvais de devenir maîtresse d'école. J'étais également passionnée par l'art et douée avec mes mains et rêvais d’en faire mon métier. J'ai alors fait des études qui me permettent d'allier mes deux rêves afin de devenir professeur d'arts plastiques. J'exerce depuis plusieurs années en tant que professeur et suis également artiste spécialisée dans l'emo. Il y a maintenant cinq ans, nous avons emménagé avec toute ma famille à Séoul. Comme de nombreux coréens, nous sommes protestants et il est important pour nous de promouvoir les valeurs de notre religion. Grâce à l'art je peux ainsi exprimer ma foi. J'ai par ailleurs créé une guesthouse avec une décoration qui associe mes œuvres d'art et quelques éléments symboliques de la religion protestante. J'aime accueillir des personnes du monde entier et pouvoir partager un temps avec eux. Mon rêve pour l'avenir est de continuer à enseigner, créer et recevoir du monde chez moi car cela me rend heureuse. »

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