• Portraits de rêveurs français

    Yolanda - Paris - France

     

    "Mes parents ont fui le franquisme et se sont rencontrés sur la route en arrivant en France. C'est surement pour ça que dès toute petite j'ai rêvé de découvrir le monde. Mon rêve c'était de vivre à l'étranger alors je suis partie 3 ans en Italie. Plus tard, je suis aussi partie à la découverte de l'Amérique latine : Cuba, l'Argentine, ou encore le Venezuela.. Dans le voyage, ce qui m'intéresse c'est de comprendre les cultures différentes, les enjeux politiques, les coutumes ou encore les manières de vivre. Je me suis aperçue que moins les gens ont d'argent plus ils sont humbles et accueillants et je trouve cela merveilleux. En Amérique du Sud, les gens ont toujours le sourire, c'est incroyable ! Aujourd'hui mon rêve c'est de troquer mon stand de bouquiniste pour un magasin de vêtements argentins. C'est d'ailleurs ce que je vais faire dans les prochains mois !"

    Abderrahman - Passy - France

     

    "Je suis né en 1971 quelque part dans le grand désert du Sahara, entre le Maroc et l’Algérie. A l’époque il n’y avait pas de frontière, mes parents étaient nomades, nous vivions dans une tente en laine de dromadaire en totale adéquation avec la nature. C’était merveilleux, c’était comme dans un rêve ! Mon père était érudit, il m’a appris les maths, la littérature, la philosophie, l’histoire des civilisations arabes, occidentales… Moi, j’étais créatif, je voulais me servir de mes mains, je construisais des objets de toutes sortes pour améliorer le confort de notre vie où tout devait être léger et dégradable. Je rêvais d’utiliser l’énergie du soleil pour cuisiner et nous chauffer la nuit. A 14 ans, j’ai donc quitté mon désert pour aller à Marrakech en internat. J’ai eu mon bac puis une licence en électrotechnique où j’apprivoisais l’énergie solaire. Je suis alors revenu au village pour installer des panneaux solaires mais j’étais vite déçu car dans les années 90 ça ne fonctionnait pas très bien. Je suis, ensuite, parti en Europe, j’avais envie de découvrir le monde. En cherchant du travail à Paris j’ai découvert Décathlon, j’ai vu qu’il y avait des jumelles, des tentes, ça me reliait à mon enfance, je me suis dit c’est ça que je veux faire ! Mon parcours les a intéressé car ils recherchaient des profils internationaux. En 96, j’ai donc était engagé à Lille en tant que responsable de prototype. Pendant deux ans, j’ai été formé par les compagnons sur le métier de sellier pour apprendre à faire des sacs à dos, des tentes… En 2003, l’entreprise a décidé d’installer le siège des produits de randonnées de la marque Quechua en Haute Savoie au plus près des utilisateurs. J’ai donc quitté le Nord pour les Alpes et je suis devenu responsable d’atelier. J’ai eu la chance de participer à la création de la tente 2 secondes où avec mes petites mains j’ai cousu la première version de cette idée. Je suis fier de toutes ces innovations qui améliorent la vie des randonneurs. Aujourd’hui, je travaille aussi sur une gamme de produits spécifiques pour le désert, je suis dans mon élément et même si je suis à des milliers de kilomètres de là où je suis né, je suis connecté à ce monde-là. Mon rêve chez Décathlon, c’est de continuer à faire des produits accessibles et abordables vendus partout dans le monde et surtout qui prennent en compte l’aspect environnemental.
    J’essaie de me dire tous les jours en quoi je peux être utile. Ce qui compte pour moi, c’est l’éducation de mes enfants, leur sensibilisation à l’importance du respect de la nature. Mon rêve, c’est qu’ils grandissent dans un monde propre où l’on prend soin de la nature comme ce que j’ai connu en vivant dans le Sahara."

    Lydia - Paris - France

     

    "J'ai grandi à Vancouver. Quand j'étais petite, je voulais être actrice parce que je voulais divertir les gens ! Alors, j’ai entamé des études dans une école de tournage à Montréal, maintenant je travaille derrière les caméras. Je ne suis pas vraiment devant les projecteurs mais le tournage est une façon pour moi de réaliser mon rêve. Il y a quelques mois, j’ai eu l’opportunité de réaliser moi-même un clip, c’était la première fois que je faisais un projet de ce type toute seule, c'était un peu l'accomplissement de mon rêve. En ce moment, je voyage à travers l’Europe et l’Amérique du Sud pour faire mes propres vidéos que je publie sur Instagram. Mon rêve pour l’avenir, c'est de participer à des projets de films et de me faire un nom dans le cinéma. Par la suite, j’aimerais utiliser mes compétences pour faire des vidéos afin de promouvoir des organismes à but non lucratif qui ont un impact positif sur le monde."

    Matthieu - Paris - France

     

    "Quand j’étais petit je rêvais de marquer un but à la 90ème minute d’une finale de Coupe du Monde ! La cohésion nationale après la victoire des Bleus en 98 m’avait profondément inspirée. Je voulais être décisif en étant celui qui rend heureux tout un pays et recréé ce sentiment de rassemblement et de fierté de vivre ensemble.
    A partir de 14 ans, mon rêve était d’être utile en faisant quelque chose qui va dans le bon sens...
    Ces valeurs, je les tiens de l’éducation de mes parents, j’ai un père DRH et une mère assistante sociale. A l’adolescence, j’étais fasciné par les grandes figures qui un jour ont fait la différence, que ça soit Gandhi, Martin Luther King ou encore Mandela mais aussi des Staline ou Hitler. Je cherchais à comprendre comment un seul homme avait pu avoir autant d’influence sur le monde.
    A cette époque, j’étais quelqu’un d’hyper timide, je cherchais ce que je pouvais faire pour être utile. A l’école, j’avais des facilités, j’hésitais à faire médecine, car pour moi être médecin c’était être utile, mais après avoir commencé à lire des livres sur l’entreprise et constaté le pouvoir de l’économie dans notre société, j’ai décidé de faire une école de commerce. Je ne savais pas ce qu’était un entrepreneur, j’aimais simplement les gens qui changent les choses de manière positive et je me voyais accompagner ce genre de personne en étant un homme de l’ombre, un bras droit sur lequel on peut compter.
    En école, j’ai découvert le social business et l’entrepreneuriat social. Lors d’un stage en finance responsable à Londres, j’ai décidé avec mon meilleur ami de partir en tour du monde à la rencontre de ces entrepreneurs qui changent le monde pour essayer de mieux les comprendre. A ce moment, je me demandais si je devais devenir professeur, consultant ou entrepreneur. Je rêvais simplement d’avoir un maximum d’impact. Quelques mois avant, j’avais découvert l’entrepreneuriat en créant une association étudiante autour du trek avec mes potes d’écoles, je m’étais retrouvé par hasard président car j’avais une maison de famille à la montagne, ça m’a donné confiance en moi. Lors du tour du monde, après avoir rencontré des entrepreneurs sociaux incroyables qui avaient un impact énorme, j’ai compris que je voulais faire ça ! Et puis en 2013, j’ai participé au Jagriti Yatra, un voyage-éveil à travers l’Inde avec une centaine de jeunes pour inventer des solutions aux défis de cet immense pays, ce fut une expérience transformatrice. A la même époque, un article du journal Libération titrait « Jeunes de France barrez-vous ! » et là je me suis dis, c’est pas possible, il faut que je fasse quelque chose, il faut que je lance ce projet en France. Je sentais que c’était le bon moment pour le faire. J’ai alors publié une tribune sur l’Express pour affirmer mon intention et un mécène m’a contacté pour me soutenir. L’aventure Ticket for Change était lancée ! Aujourd’hui, on est une vingtaine à se lever chaque matin pour activer des talents de futurs entrepreneurs qui cherchent à résoudre les défis importants et urgents du XXIème siècle. Je suis fier de cet écosystème qu’on a créé et qui commence à pousser.
    De jeune introverti à entrepreneur, je n’ai pas beaucoup changé, c’est la même personne qui a fait ça. Je pense que c’est en étant dans l’action qu’on peut faire la différence, j’aurais pu tourner mon idée dans tous les sens et ne jamais le faire. En quelque sorte, Ticket for Change est une communauté de gens qui essaye de faire la différence en ayant un impact positif par leur travail.
    Mon rêve pour l’avenir, est que Ticket for Change devienne un mouvement afin que chaque personne se pose la question de la finalité de son engagement professionnel.
    En fait si on regarde la situation du monde, nous ne sommes pas loin de la 90ème minute et il y a de nombreuses personnes qui se mobilisent pour mettre le but et faire la différence."

    Bihi - Paris - France
     

    "Je m'appelle Bihi, c'est mon grand-père qui a choisi mon prénom, il était énervé ce jour là ! Je suis né au Maroc dans la plus belle ville du monde : Agadir. Quand j'étais petit, mon rêve était de devenir champion de boxe car dans le quartier où j'ai grandi il fallait savoir se défendre. En 92, avec ma famille nous sommes arrivés en France, j'avais 17 ans. Malheureusement je n'avais pas les moyens de continuer la boxe, alors j'ai fait plusieurs petits boulots en tant que commerçant, plombier etc… La dernière fois où je me suis senti fier de ce que je faisais, c'est quand j'ai accompagné mon père qui était malade. Je me suis occupé de lui du matin au soir pendant un an. Aujourd'hui je vis la vie au jour le jour. Mon rêve ça serait d'avoir une petite ferme agricole et voir mes deux filles, Kenza et Inès, grandir et faire de belles études."

    Aurélie - Paris - France

     

    "Depuis toute petite j’ai deux passions : l’écriture et les voyages. Je viens d’un petit village près de Toulouse, un jour j’ai compris que le monde ne s’arrêtait pas à mon village. Alors à cette époque, j’ai écrit dans mon journal de bord que mon rêve serait de voyager toute ma vie !
    Au collège j’ai fait mon premier voyage, c’était en Autriche chez nos correspondants scolaires, c’était juste magique et ça a confirmé mon envie de découvrir le monde. Alors après un bac littéraire, j’ai décidé de faire des études en communication dans le tourisme. Lors de ma dernière année d’étude j’ai commencé à apprendre le chinois pour travailler dans une association d’échange interculturelle avec la Chine. Durant deux ans je faisais des allers-retours en Chine. C’est à cette époque que j’ai commencé à écrire pour raconter ce que je vivais. Au début c’était seulement des emails pour mes proches, puis c’est rapidement devenu un blog de voyage qui s'appelle aujourd'hui Curieuse Voyageuse.
    En 2009, après avoir perdu mon travail à cause de la crise économique, j’ai décidé de quitter la France pour vivre en Chine. Je travaillais dans l'industrie et je continuais à raconter mes aventures jusqu’à qu’il m’arrive une grosse tuile qui m'a beaucoup déstabilisée, ça a été une période vraiment difficile. En 2011, je suis rentrée en France. J’ai tout de même continué à écrire même si je ne voyageais plus, à la fois pour mon public, mais aussi pour moi, un peu pour exorciser cette histoire... et surtout pour le plaisir !
    Un éditeur est venu vers moi pour publier mes récits de voyage donc j’ai écrit mon premier livre, c’était mon rêve qui devenait réalité. En 2013, je remontais doucement la pente et tout a pris sens, j’ai rejoint une startup dans le domaine du tourisme qui s’appelle Evaneos, j’ai aussi eu la chance d’écrire deux guides touristiques sur Toulouse ma ville natale et j’ai surtout rencontré mon futur mari, le père de mon fils.
    Aujourd’hui, mon rêve pour l’avenir c’est de continuer à écrire et peut-être un jour avoir un prix littéraire !”

    Nitharshini - Paris - France

     

    "Je suis née à Batticaloa au Sri Lanka mais j’ai vécu à Vavuniya. Depuis toute petite, j'ai toujours adoré les pâtisseries. Lorsque j'ai eu sept ans, avec ma famille, nous avons dû fuir la guerre à cause des persécutions contre les tamoules, nous nous sommes donc réfugiés en Inde. En 1999, après 9 ans, nous sommes retournés vivre au Sri Lanka à Batticaloa. C'est là-bas que j'ai rencontré mon mari, j’étais comptable et j’ai aussi travaillé dans une ONG de moulin à riz. En 2007, mon mari est parti en Malaisie pour trouver du travail car au Sri Lanka il y avait une guerre politique. Huit mois plus tard, avec ma fille Hereshini, nous l'avons rejoint. Au début c'était vraiment très difficile car nous n'avions pas de papier. Je ne pouvais donc pas travailler car le gouvernement malaysien n’acceptait pas les refugiés mais nous vivions dans un quartier qui a tout fait pour nous aider. A cette époque, je n'avais aucun rêve, je voulais simplement me sentir en sécurité. Au bout de 3 ans, je comprenais un peu le malais alors j'ai pris des cours de pâtisserie et commencé à travailler. J'ai pu gagner un peu d'argent et ouvrir ma propre activité de pâtisserie, c'était comme un rêve pour moi !
    En 2015, avec ma fille, nous avons eu un visa de réfugiées en France. Nous ne connaissions ni la langue, ni le pays. En un an, Hereshini a appris à parler français et son rêve aujourd'hui est de devenir docteur !
    Pour l'instant, mon mari est toujours en Malaisie. Ca fait un an que nous ne l'avons pas vu mais j'espère qu'il va bientôt pouvoir nous rejoindre. Aujourd'hui, j'apprends à cuisiner les pâtisseries françaises. Mon rêve pour l'avenir est d'apprendre le français pour pouvoir un jour ouvrir ma propre pâtisserie avec des spécialités sri-lankaises, malaisiennes et françaises."

    Georges - Lille - France

     

    "Depuis tout petit, j’ai toujours rêvé de combattre les injustices !
    Je suis né en 1938 dans le Nord Pas de Calais, où j’ai grandi avec ma grand-mère qui était garde-barrière. Pendant la guerre, tous les jours j’étais avec des miniers et des soldats français infirmes qui gardaient aussi la barrière pour laisser passer les trains de ravitaillement. Ils me racontaient les histoires du front et leur vision de la politique internationale. Les soldats allemands venaient aussi souvent chez nous, certains écoutaient même radio Londres car ils détestaient Hitler. Tous ces gens m’ont inculqué des valeurs et m’ont permis d’aiguiser mon sens politique. A la libération ma tante a été tondue car elle parlait avec les allemands, cette injustice m’a profondément marqué ! Lorsque j’ai eu 16 ans je suis parti travailler à la mine de charbon, c’était un boulot difficile et très dangereux. En 1962, après 9 ans je n'en pouvais plus, alors je me suis fait embaucher au peignage de La Tossée, une des plus grandes usines de textile de Tourcoing. En mai 68, il y a eu une grève générale en France et on a occupé l’usine, on a foutu tous les patrons dehors ! Après la grève, je me suis présenté aux élections syndicales et je suis devenu délégué CFDT pour l’usine. C’était le début de mon engagement pour protéger les droits des travailleurs, ensuite je suis devenu responsable régional, puis juge aux prud'hommes et même administrateur du ministère du travail à Paris. Pendant 34 ans je suis toujours resté dans cette usine, la chose dont je suis le plus fier c’est les nombreux licenciements que j’ai réussi à éviter. J’ai vu passer plusieurs actionnaires et dirigeants, un jour un nouveau PDG est arrivé et m’a dit : je vous préviens Georges, je suis capitaliste jusqu’au bout des ongles, je lui ai répondu : vous êtes mal tombé car moi je suis syndicaliste jusqu’au bout des ongles et vous avez intérêt de faire gaffe ! En 1998, je suis parti en retraite mais je n’ai pas arrêté mes activités syndicales pour autant. En 2004, l’usine a été rachetée par les américains pour être démantelée. Il a donc fallu se battre pour faire valoir les droits des salariés de l’usine. Aujourd’hui j’ai 78 ans je rêve de voyager pour voir le monde et profiter simplement des années qu’il me reste."

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