• Portraits de rêveurs péruviens

    Luz Clara – Puno - Pérou

     

    "Je suis née à Uros sur les îles flottantes du lac Titicaca au Pérou. Avec ma communauté, nous vivons sur ces îles artificielles construites en totora, une plante aquatique, depuis des milliers d'années. Quand j'étais enfant, mon rêve était qu'il y ait de l'électricité sur mon île afin que l'on puisse avoir la lumière la nuit car j'avais très peur ! À cette époque, la lumière ne provenait que des bougies que nous allumions et cela était très dangereux car il y avait régulièrement de violents incendies dans nos maisons. Un jour à cause d'un incendie sur notre île, nous avons dû quitter précipitamment notre maison et tout à brûlé, j'ai perdu toutes mes affaires, j'étais dévastée.
    Dans ces îles, nous vivons de la même manière depuis des générations. Néanmoins, aujourd'hui, l'artisanat et le tourisme se sont beaucoup développés et cela nous permet d'avoir un meilleur confort de vie.
    Depuis toute petite, j'ai toujours adoré cuisiner. Ma mère m'a appris les spécialités d'Uros comme la truite grillée du lac Titicaca par exemple et je me suis perfectionnée avec les années. Aujourd'hui, j'ai 17 ans, j'étudie la gastronomie, je me rends tous les jours en barque dans la ville de Puno. Mon rêve pour l'avenir est d'avoir mon propre restaurant et de pouvoir servir une cuisine de qualité aux habitants et aux touristes sur les îles d'Uros."

    Cleofe – Chinchero - Pérou

     

    « Je suis née entre les montagnes sacrées des Incas dans le village de Chinchero au Pérou. Quand j'étais enfant, mes parents m'ont envoyé à l'école dans la ville de Cuzco qui se trouve à une trentaine de kilomètres de notre village. J’étais très contente d’avoir la chance d’aller à l’école mais c’était très dificile car je ne comprenais pas un mot d’espagnol, je parlais seulement le quechua, la langue de mon peuple ! Et surtout, mes parents n’avaient pas les moyens de m’acheter les fournitures scolaires requises.
    A l’âge de 8 ans, j’ai donc commencé à travailler pour gagner un peu d’argent. Comme ma mère et ma grand-mère, j’ai appris à manier l’art des textiles en devenant couturière. Ici dans les montagnes du Pérou, la plupart des femmes confectionnent des vêtements en laine de lama, d’alpaga ou de vigogne. Nous utilisons des techniques ancestrales qui nous ont été transmises par nos ancètres de génération en génération. Mais depuis mon enfance le métier de couturière au Pérou a beaucoup changé. Avant nous confectionnions des produits pour notre famille et nos proches, alors qu’aujourd’hui avec le développement du tourisme nous les vendons aux visiteurs étrangers. À l'âge de 15 ans, une jeune Française est venue quelques jours dans mon village, je lui ai appris l'art des tissus péruviens et nous sommes devenues de grandes amies. Pendant de nombreuses années, nous nous sommes envoyés des courriers et elle est venue me voir à plusieurs reprises ici à Chinchero. En Europe, elle est devenue célébre dans le milieu de la mode pour ses créations notamment grâce aux techniques que je lui avais apprises.
    Il y a un an, mon rêve s’est réalisé, je suis allée en France dans la ville de Lyon, grâce au don d’une association, pour voir mon amie et participer à une conférence sur les tissus péruviens. C’était quelque chose de formidable, prendre l’avion, me retrouver à Paris, découvrir une nouvelle culture et surtout me sentir fière et valorisée pour mon travail. Mon rêve pour l'avenir est de continuer à voyager pour découvrir d'autres pays, j’aimerais pouvoir promouvoir les tissus péruviens aux quatre-coins du monde. »

    Francisco – Maras - Pérou
     

    "Je suis né dans une petite communauté Quechua à Maras dans la vallée sacrée des Incas. Mon père est mort lorsque j’avais 10 ans, il nous a laissé seul avec mes petits frères et ma mère. A cette époque, j’ai alors été obligé de quitter l'école pour travailler dans la ferme familiale afin de subvenir aux besoins de notre famille. Nous cultivons la terre et élevons le bétail de génération en génération dans ma communauté. Lorsque j’ai eu 20 ans, j’ai également commencé à travailler dans les salines de Maras. Dans les salines, le sel est exploité depuis l'époque des Incas. En plus de mon travail à la ferme, cet emploi me permet de nourrir mes cinq enfants et de leur offrir de meilleures conditions de vie. Aujourd’hui, j'ai 50 ans, je travaille tous les jours du lundi au dimanche, cinq jours à la ferme et deux jours à la saline. Mes enfants ont la chance d'aller au lycée et d’espérer faire des études, et ça c’est comme un rêve pour moi !"

    Ruhvel – Pisac - Pérou


    "Je suis né dans une petite communauté Quechua d’une centaine de personnes qui vivent tout en haut de la grande montagne de Pisac. Mes parents sont très pauvres et font leur possible pour nous élever avec mes six frères et sœurs. Depuis que je suis tout petit, mon rêve a toujours été d'étudier pour un jour devenir médecin. Quand je serai médecin, je pourrai aider ma famille et les habitants de ma communauté car ici il n'y a pas de docteur. Lorsque quelqu’un est malade cela peut vite devenir dangereux car le village le plus proche se trouve à plusieurs heures de marche. Aujourd’hui, j'ai 13 ans, je suis en cinquième à l’école de Pisac, j'aime beaucoup aller à l'école et surtout les cours de sciences. Chaque matin pour me rendre à l'école je dois marcher trois heures pour descendre la montagne et me rendre au village. Puis il me faut presque quatre heures pour remonter à la communauté chaque soir après l’école. Parfois, je suis fatigué, mais j'aime le paysage des montagnes sacrées qui m’entourent et surtout je me rappelle de mon rêve, ça me donne de la force !"

    Ciria – Cuzco - Pérou

     
    « Je suis née dans une communauté Quechua près d'Ollantaytambo dans la vallée sacrée des Incas au Pérou. Mes parents vivaient de l'agriculture pour élever leur sept enfants. Mon père m'a transmis l'amour de la culture de nos ancêtres. Quand j'étais petite, mon rêve était d'apprendre la couture comme ma maman et toutes les femmes de la communauté. Je pouvais passer des heures à observer et à essayer de reproduire les dessins sur les différents tissus que je trouvais. Je suis allée à l'école jusqu'à mes 16 ans, puis j'ai commencé à travailler en tant que couturière indépendante. Désormais, j'ai 20 ans et je tisse des vêtements en alpaga pour les grands hôtels de Cuzco. Mon travail me permet d'aller de l'avant et d'envisager un avenir meilleur. Mais grâce à la couture, je peux aussi m'exprimer et faire vivre la culture ancestrale de ma communauté avec les motifs que je choisis sur mes broderies.
    Mon rêve pour le futur est d'un jour pouvoir créer ma propre entreprise de textile et d'être reconnue dans ce domaine. »

    Guri – Cuzco - Pérou


    "Je suis né dans une petite ville à deux heures de Cuzco. Mon père était enseignant et ma mère se consacrait à l'éducation de ses sept enfants. Dans l'endroit où j'ai grandi, il y avait beaucoup de personnes très pauvres, j'étais souvent confronté aux inégalités et à l'injustice. Lorsque j'étais enfant, mon rêve était donc de contribuer à un monde plus juste où il y aurait plus d'égalité entre les êtres humains.
    À 16 ans, je suis entré à l'université des beaux-arts. Cette passion pour l'art m'a été transmise par mon père qui m'a appris à dessiner. Après avoir été diplômé j'ai décidé de me consacrer à la peinture même si cela peut être parfois compliqué d'être artiste au Pérou. Aujourd'hui, j'ai 32 ans, je vis de la vente de mes tableaux qui commencent à être reconnus. L'année dernière, une de mes œuvres s'est vue décerner le prix de meilleur tableau du Pérou de l'année, c'était une réelle satisfaction pour moi.
    À l'avenir, mon rêve est de pouvoir sensibiliser les gens au sujet des inégalités au Pérou à travers mon art. Je veux utiliser mes peintures pour exprimer mes convictions et contribuer à améliorer le monde en diffusant un message engagé et optimiste."

    Laura – Cuzco - Pérou
     

    "Enfant, je rêvais de voyager au Japon pour découvrir la culture de mes ancêtres sur l’île du soleil levant. Je suis née à Cuzco au Pérou dans une famille très modeste. Mon père est d’origine japonaise comme de nombreux péruviens. En effet, l'histoire du Pérou et du Japon est très liée depuis la fin de la seconde guerre mondiale lorsque de nombreux japonais ont immigré au Pérou. Au cours des années 90, le Pérou a été très influencé par la culture japonaise sous l’impulsion notamment du président d’origine nipponne Fujimori. Par bien des aspects les deux pays sont similaires et je me suis nourrie de ces deux cultures durant ma jeunesse. Dans la ville de Cuzco où j’ai grandi, le tourisme s’est beaucoup développé dans les trente dernières années, ce qui m’a poussée à faire carrière dans ce domaine. A l’université, j’ai appris à parler japonais, c'était un moyen pour moi de découvrir cette culture qui me plaisait tant. Après avoir été diplômée en 1999, j’ai travaillé pour plusieurs entreprises touristiques. Aujourd’hui, je suis l'associée de l’une d’entres elles qui s’appelle "MachuPicchu Inka's Expeditions Perú", nous faisons découvrir le fantastique patrimoine péruvien à des touristes du monde entier et notamment à une clientèle japonaise très nombreuse. Au fil des années je me suis fait de nombreux amis japonais, mon rêve pour l'avenir est de pouvoir enfin découvrir le Japon. Je veux gravir le mont Fuji, utiliser le fameux train Shinkansen et marcher sur les traces de mes ancêtres."

    Arcadio – Pisac - Pérou

     

    « Je suis né en 1974 dans la petite communauté Quechua de Masac près de Pisac. Une communauté est un endroit à la campagne où vivent plusieurs familles Quechua. À cette époque il n'y avait pas plus de dix familles dans la communauté de Masac. Tout le monde vivait de la culture de la terre depuis la réforme agraire des années 1970. Lorsque j'étais enfant, mon rêve était donc d'être un bon agriculteur comme mon père et mon grand-père avant lui. A mes 18 ans, je suis parti effectuer mon service militaire à Cuzco. C'était pour moi l'opportunité de quitter ma campagne natale, je me voyais alors faire carrière dans l'armée. Mais c'était sans compter sur le fait que le Pérou traversait une période compliquée avec une terrible vague de terrorisme et de violentes revendications de la part des peuples indigènes. Malheureusement pour moi, il y avait une grande méfiance envers les Quechua dans l'armée, nous étions même fortement discriminés. J'ai donc compris que je devais rentrer chez moi à la fin de mes deux années de service militaire. A mon retour, j'avais beaucoup changé, je ne supportais plus la vie à la campagne alors je suis parti m’installer à Lima. J'ai travaillé pendant huit ans dans une usine de produits chimiques. A Lima, la vie était très dure, je souffrais beaucoup de la pollution et de mon travail où je maniais de nombreux produits toxiques.
    En discutant avec mon père, je me suis rendu compte qu'avec l'arrivée de la culture occidentale, notre mode de vie avait été complètement bouleversé. Être Quechua était quelque chose qu'il fallait cacher pour se faire accepter. Nous devions renoncer à nos coutumes, notre histoire, notre langue, notre identité... Mais ce qui m'a le plus choqué, c'est le fait que dans notre communauté, les engrais chimiques avaient remplacé les cultures ancestrales et la santé de ma famille était de plus en plus en danger. En 99, je suis donc revenu vivre à Masac avec l'envie de retrouver mes racines et d'expérimenter une autre façon de vivre. J'ai créé le projet "Kausay Punku", un éco-centre qui propose de renouer avec la vie ancestrale en harmonie avec la pachamama, la mère nature. Au fur et à mesure des années nous avons développé de nombreux projets comme la construction de maisons en matériaux biodégradables, la plantation de graines indigènes, la culture de plantes médicinales, la valorisation de la médecine ancestrale. Au début, les gens de la communauté pensaient que j'étais fou, quand tous rêvaient de plus de modernité moi je voulais revenir à notre mode de vie. Pour rendre ce projet durable nous avons développé un volet autour de l’ecotourisme afin de permettre à des personnes du monde entier de venir nous rejoindre pour nous aider à nous développer. Ceux de Masac qui me prenaient au début pour un fou m'ont aujourd'hui élu comme représentant de la communauté. Mon rêve pour le futur est de rendre ce projet durable dans le temps et autonome financièrement. Pour cela je souhaite construire un four à bois pour pouvoir ouvrir un petit restaurant où je pourrais vendre des préparations issues de notre production raisonnable. Avant toute chose je rêve que toute la communauté s'empare de ce projet et que la culture Quechua soit préservée et perdure des siècles et des siècles. »

    Jeanni – Cuzco - Pérou 

     

    "Quand j'étais enfant, mon rêve était d'étudier pour devenir enseignant comme ma maman. Mais comme j'étais l'aîné de la famille j'ai rapidement dû commencer à travailler pour aider mes parents. À 7 ans, je vendais déjà des produits sur les marchés pour gagner un peu d'argent. À 19 ans j'ai obtenu mon premier vrai travail en tant que surveillant dans une prison. J'avais arrêté l'école et mis de côté mon rêve de devenir professeur. Au bout de quelques années, j'ai décidé d'y revenir et de prendre des cours du soir pour finalement devenir professeur à 36 ans. J'ai toujours été sensibilisé au travail des enfants et voulu faire quelque chose pour aider les jeunes dans cette situation.
    Il y a une dizaine d'année en plus de mon travail de professeur je me suis engagé dans une ONG qui s'appelle Qosqo Maki. Cette ONG fournit un hébergement de nuit aux enfants des rues de Cuzco qui sont obligés de travailler pour survivre car ils ne vivent plus avec leurs parents. Je joue un rôle d'éducateur pour ces jeunes en passant plusieurs nuits par semaine avec eux. Mon rêve pour l'avenir est que tous les gouvernements du monde reconnaissent enfin le travail infantile. Je pense qu'il y a une trop grande hypocrisie de la part des dirigeants qui interdisent le travail des enfants alors que c'est un fait dans bien des pays comme ici au Pérou. Le fait de le reconnaitre ne viserait pas à l'encourager mais à protéger les droits de ces enfants qui sont dans des situations précaires et qui sont bien souvent victimes d'abus de la part de patrons peu scrupuleux. J'ai moi-même travaillé lorsque j'étais enfant et croyez-moi, je sais de quoi je parle !"

    Margarita – Lima - Pérou

     

    "Mon rêve quand j'étais petite était de faire des études pour avoir la chance de progresser socialement et quitter ma petite province rurale. Je suis née près de Chiclayo dans le nord ouest du Pérou, dans un petit village paysan. À l'âge de 16 ans, je suis partie, avec des étoiles dans les yeux, pour Lima, la capitale péruvienne, afin de terminer mes études de haute couture. Après avoir été diplômée, j'ai commencé à travailler dans une fabrique de vêtements où j’ai peu à peu gravi les échelons pour devenir surveillante de production. A l’âge de 28 ans je me suis mariée et j’ai eu mon premier enfant. Mon rêve d’évoluer socialement se réalisait peu à peu !
    Dans les années 90, lorsque mes trois enfants étaient à l'université, le Pérou a traversé une des périodes les plus mouvementées de son Histoire. Nous avons vécu une profonde crise politique marquée par de violentes vagues de terrorisme. La conséquence de cela était qu’il n'y avait plus de travail pour tout le monde et les perspectives économiques et sociales étaient très mauvaises. Avec mon mari, nous devions continuer à payer les études de nos enfants, alors nous avons décidé de tenter notre chance pour immigrer aux États-Unis. Nous avons fait une demande de visa touriste pour les Etats-Unis et en 2001, nous nous sommes envolés pour New York. En arrivant, je ne parlais pas un mot d’anglais et surtout je n'avais pas de papiers pour travailler. Malgré cela, j'ai rapidement trouvé du travail en tant que baby-sitter. Notre plan était de collecter le maximum d'argent possible et de retourner au Pérou lorsque nos enfants seraient plus grands. Nous avons donc travaillé tous les jours d’arrache-pied pour envoyer notre argent au Pérou. Nous nous privions beaucoup pour que nos enfants puissent terminer leurs études et que nous construisions une maison pour toute la famille à Lima.
    En décembre dernier, après 16 ans hors du Pérou, nous sommes enfin rentrés chez nous. J’étais tellement heureuse de revoir mes enfants que je n’avais plus vus depuis toutes ces années car je ne pouvais pas quitter les Etats-Unis au risque de ne plus jamais pouvoir y revenir. Le Pérou a beaucoup changé et Lima est devenu une ville gigantesque. Depuis mon retour, je profite à chaque instant de ma famille et de la maison que nous avons réussi à faire construire ici à Lima. Mon rêve pour l'avenir est de voir mes petits-enfants grandir et d’être chaque jour entourée de ma famille et mes proches."outer un paragraphe ici.

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